Pour cette exposition, le livre « La faute de l’abbé Mouret » de Zola, est lu comme une métaphore du monde
contemporain à travers notre rapport à la nature.
Dans le roman, à la suite d’une maladie proche du délire mystique, suivie d’une amnésie, l’abbé Mouret, – prêtre d’une
église sur les plateaux désolés et brûlés du midi de la France -, découvre le « Paradou ». Lieu à la fois d’un paradis où
le vivant est symbolisé par la profusion de fleurs et lieu d’intense sensualité où l’amour sublimé de la vierge Marie,
laisse place à un amour charnel.
La résonance de ce roman avec notre regard d’aujourd’hui sur le vivant en général, montre ,-pour Isabelle Bonté-
Hessed2 -, que « La faute » est avant tout ontologique.
Elle considère ce roman comme une allégorie de notre regard sur le vivant et ce qui le rend contemporain de nos
réflexions.
Pour l’artiste, les fleurs sont des émissaires de lumière.
Là où la société choisit de figer, d’institutionnaliser, les fleurs viennent redonner vie, remettre en mouvement.
Et les fleurs en porcelaine de l’artiste, ne sont pas une image exacte mais plutôt une forme distraite, fuyante, sans
volonté imitative. Elles sont juste reconnaissables et renvoient à une filiation mystérieuse, parce qu’elles ont la capacité
de concentrer des paysages et des intensités intérieures.
Ces créations sont les émissaires d’une relation sacrée à la nature.
Par cette exposition, l’artiste donne à voir la vulnérabilité de la fleur et combien sa destruction est l’image d’une faute
collective : celle de la société contre la nature, contre la beauté fragile.
Si l’irruption des fleurs à foison permet un retour à la terre, à la profondeur de la terre c’est parce que le temps humain
est celui de la floraison.
Dans plusieurs des créations présentées ici, les fleurs font se joindre un monde qui sauve et un monde qui détruit
car l’arbre de vie crève le ciel et démolis ce qui lui jette tant d’ombre depuis des siècles.
Lorsque la nature détruit c’est pour sauver, pour sauver l’humain, l’âme.
Aussi l’exposition navigue-t-elle entre profusion de fleurs et de monstres ( directement inspirés du tableau de Brueghel :
« La chute des anges rebelles »), symbolisant le conflit entre le bien et le mal, entre le vice et la vertu, dans un oubli du
monde qui nous entoure.
Les « cellules de nonnes » s’inspirant de celles réalisées au 18e et 19e siècles, qui sont une mise en scène d’une
religieuse dans sa cellule, racontent ici une autre histoire, ou plutôt une histoire sous-jacente.
« La faute » c’est aussi les confusions entre oppression et spiritualité.
Quelle spiritualité est encore possible ?
Les hosties, présentées dans des boîtes à papillon, sont légères et extrêmement fragiles, comme un pétale de
rose. Le mot hostie désignant la victime offerte en sacrifice, chaque hostie gravée d’un lieu et d’une date marque le
sacrifice de la nature lors d’accident industriel. Cela commence à Delft en 1654… s’accélérant depuis le 20e siècle.
« La faute », c’est aussi de ne plus entendre la nature, de la détruire en faisant passer rendements et profits avant tout.
Car notre monde a été corrompu et il s’agit là aussi d’une trahison spirituelle.
La résonance de ce roman avec notre regard contemporain sur la nature, montre que l’arrachement au vivant est notre
plus grand problème aujourd’hui.
L’exposition s’articule autour de questions centrales : qu’as-tu fait de ton humanité ? Et dans son oubli, quels
monstres engendres-tu ? Quelle obsession engendres-tu ?
« La faute » est multiple dans notre relation au vivant et notre façon de le nier.
Peut-il y avoir rédemption ?
En tout cas, les fleurs en céramique d’Isabelle Bonté–Hessed2 sont une offrande silencieuse face à la faute du monde.